Tabous et combats

Le principe même de la contrepétrie est le contournement d’un mot regardé comme tabou, traditionnellement issu du vocabulaire grivois. Le dévoilement de la grivoiserie en fait au demeurant tout le sel.
Loin de Rabelais et de ses si célèbres folles de la messe est il possible d’envisager une extension du champ des mots tabous ?
Aujourd’hui le respect de la sensibilité des personnes induit une évolution remarquable du vocabulaire ; ce phénomène sociolinguistique conduit à la censure de mots dont l’usage, il y à peine quelques années était admis couramment sans que personne songe à barguigner.
Aussi n’est il plus possible d’employer le mot handicapé, bien qu’il y ait encore, hélas, des « personnes en situation de handicap. » ; la folie est devenue un trouble psychique, les vieux des séniors, etc.

Quant au mot nègre ! Il ne s’agit pas de censure, mais d’ anéantissement. S’il est apparu dans la quatrième édition (1762) du dictionnaire de l’Académie français il y est maintenu dans la neuvième avec, toutefois, quelques précautions rédactionnelles. Richelet en son dico (1732) était simplement objectif : « Esclaves noirs qu’on tire de la côte d’Afrique, et qu’on vend dans les lsles de l’Amérique pour la culture du maïs, et dans la Terre ferme pour travailler aux mines et aux sucreries. »
Aujourd’hui, ce mot est, sinon banni, au moins qualifié d’inapproprié, même lorsqu’il s’agit de désigner la fonction ou le métier d’écrivain de substitution.
A fortiori le mot négro, pourtant celui auquel je veux en venir ! Ce mot est trop familier pour être mentionné dans les dictionnaire sauf à être regardé comme préfixe —négro-spiritual par exemple. Il apparaît cependant tel quel dans le dictionnaire ATILF. Il est encore utilisé dans des romans tout récents, notamment, Kiffer sa race, de Habiba Mahany (2008) ou Boumkoeur (1999) de Rachid Djaïdani

Le contrepétophile respectueux le regardera donc comme un mot tabou, non grivois, certes mais comme une extension du domaine des tabous. (Tabou exposé choque quelques bombasses)
Il s’évince de ces trop longs prolégomènes qu’un touriste peut encore dire « J’ai vu le Monténégro. » Il ne peut plus dire j’ai vu … (Bel exemple de contrepétrie interne)

 

© Ces problèmes sont proposés par Jean Luc Boisjanvert. Tous droits réservés.

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